Longtemps perçu comme le bastion d'une bureaucratie aux processus de paiement lourds et imprévisibles, le secteur public marocain opère aujourd'hui une mue salvatrice pour la trésorerie des entreprises. Sous l'impulsion de la vision réformatrice de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, le portefeuille public (267 Établissements et Entreprises Publics et 532 filiales) ne se contente plus de porter les grands chantiers du Royaume : il devient un moteur de liquidité. Comment cette discipline financière et la réduction drastique des délais de paiement modifient-elles la fluidité de l'écosystème économique national ? Voici 5 clés pour comprendre cette dynamique.
1. Le Chiffre Choc : 32,5 Jours, un Bol d'Air pour les TPME
La discipline financière au sein du secteur public n'est plus un vœu pieux, mais une réalité statistique. Le délai moyen de paiement des EEP s'est établi à 32,5 jours en décembre 2025, marquant une rupture historique et vitale avec les 55,9 jours enregistrés en 2018.

Pour l'analyste, ce chiffre (en très légère hausse par rapport aux 31,7 jours de 2024) ne traduit aucun relâchement. Au contraire, il reflète une exigence de transparence accrue avec l'intégration de 23 nouveaux EEP dans le périmètre de reporting. Aujourd'hui, 90 % des EEP respectent le délai légal de 60 jours, libérant ainsi des milliards de dirhams de fonds de roulement pour le secteur privé.
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Les champions de la ponctualité : Les Agences Urbaines (Rabat-Salé, Kénitra) et les Centres Régionaux d’Investissement (Béni Mellal-Khénifra) affichent des délais records de 1 à 3 jours, agissant comme de véritables accélérateurs pour leurs prestataires locaux.
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Le rôle vital de la plateforme AJAL : La digitalisation des factures s'avère décisive. 80 % des réclamations déposées sur AJAL proviennent des TPME, faisant de cet outil le rempart numéro un contre l'asphyxie financière des plus petits acteurs du tissu productif.
2. L’Effet de Levier OCP : Quand la Santé des Géants Sécurise la Chaîne de Valeur
Un donneur d'ordre public en bonne santé financière est l'assurance d'un écosystème de sous-traitants payés rubis sur l'ongle. En 2024, le chiffre d’affaires global du secteur a atteint 363 940 MDH (+10 %).
Cette solvabilité est portée par des locomotives comme le Groupe OCP (CA de 96 989 MDH). En réalisant plus de 40 % de l’investissement total du secteur (43 588 MDH) et en générant un bond de 152 % des résultats nets globaux, ces géants infusent une liquidité massive dans l'économie. Cette manne financière permet non seulement de verser 19 522 MDH de dividendes à l'État prévus pour 2026, mais surtout de garantir que la chaîne d'approvisionnement (fournisseurs, prestataires de services, PME industrielles) ne subisse pas de retards de paiement dus à des déficits structurels.
3. Les Entités sous Tension : Gérer les "Douleurs de Croissance"
Si la moyenne nationale est excellente, l'arbre ne doit pas cacher la forêt. Certaines structures font encore peser un risque important sur la trésorerie de leurs fournisseurs, souvent en raison de défis structurels ou de restructurations en cours.
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Les retards chroniques : Des entités comme la SOREAD (317 jours) ou l’ONEE (181 jours) continuent de fragiliser leurs partenaires privés.
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Le coût de la réforme : La création des nouvelles entités territoriales (issues de la loi-cadre 50-21) engendre parfois des blocages administratifs temporaires. Le cas du Groupement Sanitaire Territorial (GST) de Tanger-Tétouan-Al Hoceima, avec ses 125 jours de délai, illustre parfaitement le défi actuel : assurer la continuité des paiements pendant les lourdes phases de fusions et de transferts de compétences.

4. Horizon 2030 : Le Paiement Rapide, Condition Sine Qua Non des Mega-Projets
L’horizon 2030 et l’organisation de la Coupe du Monde déclenchent une vague d'investissements publics sans précédent. Les EEP déploient des budgets colossaux :
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96 MMDH pour l'ONCF (LGV Kénitra-Marrakech).
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38 MMDH pour l'ONDA (Plan Aéroports 2030).
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12,5 MMDH pour Autoroutes du Maroc (ADM) d'ici 2032.
Pour que ces chantiers titanesques soient livrés à temps, la ponctualité des paiements publics est stratégique. Les entreprises de BTP et d'ingénierie ne pourront absorber de tels volumes de travaux si l'État ne joue pas son rôle de payeur exemplaire. Le maintien des délais sous la barre des 40 jours sera le véritable accélérateur de ces infrastructures.
5. L'Émergence de la RSE Financière : La Transparence comme Nouveau Standard
La modernisation de la gouvernance publique (Code d'avril 2025) et l'émergence de la "Finance Climat" (59 % des budgets d'investissements des 10 EEP majeurs dédiés au verdissement) s'accompagnent d'une nouvelle éthique des affaires.
Aujourd'hui, le respect des délais de paiement s'intègre pleinement dans les standards de reporting ESG (Environnement, Social, Gouvernance). Payer un fournisseur vert (comme ceux engagés dans l'Offre Maroc pour l'hydrogène vert) dans des délais records n'est plus seulement une obligation légale, c'est un acte de responsabilité sociale qui renforce l'attractivité exceptionnelle du Royaume pour les capitaux internationaux.
Conclusion : La Confiance par la Preuve
La métamorphose des EEP marocains prouve que le passage d'une administration de contrôle à une administration de performance est en marche. En faisant chuter ses délais de paiement à 32,5 jours, l'État marocain envoie le signal le plus fort qui soit au secteur privé : celui de la confiance et de la prévisibilité. À l'heure où la trésorerie est le nerf de la guerre face aux incertitudes mondiales, le secteur public marocain s'érige en véritable bouclier pour ses entreprises.