L’OMCP en Chiffres : Le Bilan de la Première Année
Avant de plonger dans l’analyse, voici les chiffres clés qui ressortent de ce premier rapport d’activité et qui illustrent l’ampleur du chantier engagé par l’Observatoire marocain de la commande publique.

D’autres chiffres marquants complètent ce tableau : un plan d’action triennal 2025-2027 adopté, 2 sources de données intégrées à la BDMP (le portail des marchés publics et le système GID), une mission d’échange en Lituanie de 6 jours (15-20 juin 2025), un webinaire bilatéral Maroc-Belgique, et un guide d’achat public vert en 7 chapitres dont la publication est prévue au T1 2026. L’OMCP a également fait l’objet de 60 articles de presse et constitué 2 press-books au cours de cette première année.
Longtemps attendu par les acteurs de l’écosystème des marchés publics, l’Observatoire marocain de la commande publique (OMCP) vient de franchir une étape décisive en publiant son tout premier rapport d’activité, couvrant l’année 2025. Ce document de 50 pages, qui retrace les réalisations de cette première année opérationnelle, révèle une ambition claire : transformer en profondeur la gouvernance de la commande publique au Royaume.
Créé par le décret n°2.22.78 du 22 avril 2024 et domicilié à la Trésorerie Générale du Royaume (TGR), l’OMCP est présidé par Noureddine Bensouda, Trésorier Général du Royaume. Sa mission est à la fois ambitieuse et stratégique : mesurer, analyser et partager les données relatives à la commande publique pour en améliorer la transparence et la performance.
Pour les entreprises soumissionnaires, les acheteurs publics et les décideurs, ce rapport est un signal fort. Voici les 5 enseignements majeurs à retenir.
Une Gouvernance Pluridisciplinaire et Inclusive
L’OMCP n’est pas un énième organe bureaucratique. Sa composition reflète une volonté d’inclusion rare dans l’administration marocaine : 17 membres issus de quatre catégories d’acteurs collaborent au sein de son comité délibératif.
Les autorités gouvernementales sont représentées par les ministères de l’Intérieur, de l’Équipement, du Commerce et de la Santé. Les collectivités territoriales (régions, provinces, communes) disposent également de sièges, tout comme les organisations professionnelles telles que la FMCI, la FNBTP, la FCS et le CNOA. Enfin, des institutions clés comme la CNCP, Maroc PME et le HCP complètent cette gouvernance.
Cette architecture pluridisciplinaire garantit que les réformes de la commande publique intègrent la réalité du terrain — celle des entreprises qui soumissionnent, celle des collectivités qui passent les marchés, et celle des institutions qui régulent le système.
Ce que cela change pour les entreprises : pour la première fois, le secteur privé dispose d’une voix institutionnelle directe dans la gouvernance de la commande publique, via les fédérations professionnelles.
La Construction d’une Base de Données Nationale : Vers une « Data Factory » de la Commande Publique
L’un des chantiers les plus structurants lancés par l’OMCP concerne la constitution d’une base de données nationale des marchés publics (BDMP). Cette « data factory » centralise les informations provenant de deux sources majeures : le portail des marchés publics (PMP), qui couvre les phases de publication et d’attribution des appels d’offres, et le système de gestion intégrée des dépenses (GID), qui recense les contrats signés, les paiements et l’exécution financière.
L’architecture technique repose sur un modèle d’entrepôt de données alimenté par des processus ETL (Extract, Transform, Load), optimisé pour le reporting décisionnel et l’agrégation statistique. En parallèle, un chantier majeur de fiabilisation et d’harmonisation des données a été mené, impliquant la correction des incohérences et le renforcement des référentiels.
L’Observatoire a également engagé la définition d’un socle d’indicateurs de performance de la commande publique, adossés aux données de la BDMP, en garantissant la comparabilité des résultats dans le temps et entre entités.
Ce que cela change pour les entreprises : la disponibilité progressive de données fiables et structurées permettra une meilleure visibilité sur les tendances de la commande publique, les volumes de marchés par secteur et les délais d’exécution.
Achats Publics Écologiques : Le Verdissement de la Commande Publique S’Accélère
En partenariat avec l’Agence Française de Développement (AFD), dans le cadre du programme « Transition Budgétaire Verte », l’OMCP a conduit une étude de marché sur les achats publics écologiques. L’objectif : évaluer le potentiel de verdissement des marchés publics au Maroc et identifier les contraintes à lever.
L’étude a ciblé trois segments prioritaires identifiés selon la méthodologie du Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE) : les équipements informatiques, le mobilier de bureau et les services de nettoyage des bâtiments administratifs.
Les constats révélateurs
- Équipements informatiques : la demande progresse en ordinateurs portables et de bureau, mais l’intégration de critères écologiques dans les cahiers des charges reste marginale. Les produits certifiés écologiques existent sur le marché, mais avec un surcoût de 5 à 10 %. L’étude recommande de privilégier les certifications ENERGY STAR et EPEAT.
- Mobilier de bureau : l’offre repose sur un nombre limité de producteurs nationaux, complétée par des importations. Les produits écologiques, majoritairement importés d’Europe et des États-Unis, affichent un surcoût de 20 à 30 %. Les certifications FSC, ISO 14001 et Cradle to Cradle (C2C) sont encore peu mobilisées.
- Nettoyage des bâtiments administratifs : ce segment présente des enjeux environnementaux importants liés à l’utilisation de produits chimiques conventionnels. Le marché national est relativement bien structuré et présente un potentiel élevé d’intégration de pratiques écologiques, le surcoût pouvant être compensé par des économies de ressources à moyen terme.
L’étude formule des recommandations concrètes : inclure des critères écologiques explicites dans les CPS et règlements de consultation, faciliter l’accès aux financements verts, accompagner les PME et mettre en place des plateformes collaboratives de bonnes pratiques.
Ce que cela change pour les entreprises : les fournisseurs qui anticipent cette transition verte en obtenant des certifications environnementales et en adaptant leur offre bénéficieront d’un avantage compétitif majeur dans les appels d’offres à venir.
Open Contracting Data Standards (OCDS) : Le Maroc S’Aligne sur les Normes Internationales de Transparence
En partenariat avec le comité national de l’Environnement des Affaires (CNEA) et avec l’appui de la GIZ, l’OMCP a lancé une étude de faisabilité pour l’introduction des Open Contracting Data Standards (OCDS) au Maroc. Lancée le 10 juin 2025, cette étude vise à structurer et rendre exploitables les données de la commande publique sur l’ensemble de son cycle de vie, de la planification à l’exécution.
Les OCDS constituent un standard international ouvert qui propose un modèle de données commun organisé par phase du cycle contractuel : planification, appel d’offres, attribution, contractualisation et exécution. Adopté par de nombreux pays, ce cadre renforce la transparence et permet des analyses comparatives à l’échelle internationale.
Trois scénarios étudiés
- Scénario 1 – Conformité minimale : une approche basique centrée sur les seuls champs obligatoires de l’OCDS.
- Scénario 2 – Conformité avancée (recommandé) : un équilibre optimal entre effort technique, qualité de données et bénéfices opérationnels. Ce scénario minimise l’impact sur les systèmes existants tout en permettant une mise en œuvre progressive.
- Scénario 3 – Excellence technique : une couverture exhaustive du standard OCDS et une mise en conformité intégrale du système national.
L’étude préconise le scénario 2 et propose une feuille de route détaillée incluant l’architecture technique, le budget, le calendrier et la gouvernance du déploiement.
Ce que cela change pour les entreprises : l’adoption des OCDS signifie à terme un accès ouvert, structuré et automatisé aux données des marchés publics via des API publiques, ouvrant la voie à des outils d’analyse comme ceux proposés par Datao.
Un Rayonnement International qui Positionne le Maroc en Leader Régional
La première année de l’OMCP a été marquée par une activité internationale intense, positionnant le Maroc comme un acteur de référence en matière de modernisation de la commande publique dans la région MENA.
Conférence régionale MENA (mai 2025) : organisée les 5 et 6 mai à Rabat par la TGR et la Banque mondiale, cette conférence sur les achats publics intelligents face au climat a réuni des hauts responsables nationaux et internationaux. L’OMCP y a animé trois panels thématiques.
Mission en Lituanie (juin 2025) : une délégation de l’OMCP a échangé avec le LPPO (Lithuanian Public Procurement Office) sur la dématérialisation et la commande publique verte, un pays reconnu pour la maturité de ses outils numériques d’achat public.
Ateliers techniques (novembre 2025) : une semaine d’ateliers au siège de la TGR, réunissant des experts lituaniens et d’Expertise France, a porté sur le fléchage des achats durables, la gouvernance des données et le reporting.
Webinaire Maroc-Belgique (novembre 2025) : un échange avec l’Observatoire de la commande publique wallonne et l’Institut fédéral pour le Développement Durable de Belgique a permis de confronter les expériences et d’identifier des pistes de coopération bilatérale.
Ce que cela change pour les entreprises : le Maroc s’inscrit dans une dynamique de convergence vers les standards internationaux. Les entreprises qui maîtrisent ces normes seront mieux positionnées dans un écosystème de marchés publics de plus en plus ouvert et exigeant.
Conclusion : Les Fondations d’une Révolution Silencieuse
Ce premier rapport d’activité de l’OMCP ne se résume pas à un bilan institutionnel. Il dessine les contours d’une transformation profonde de la commande publique au Maroc, articulée autour de quatre piliers stratégiques : cadre de gouvernance, conduite et pilotage stratégique, coordination et partenariat, et capacités des acteurs.
Avec la construction de la BDMP, l’introduction programmée des standards OCDS, l’engagement concret en faveur des achats publics verts et la préparation d’un guide dédié dont la publication est prévue au premier trimestre 2026, l’OMCP pose les jalons d’un système de commande publique plus transparent, plus performant et plus responsable.
Pour les entreprises qui opèrent dans l’écosystème des marchés publics, le message est clair : l’ère de la donnée et de la transparence est enclenchée. Anticiper ces évolutions, c’est se donner les moyens de rester compétitif dans un marché en pleine mutation.
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